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Faire ses courses sans perdre le fil : des repères simples pour préserver son autonomie

Faire ses courses est une activité si familière que l’on mesure rarement tout ce qu’elle demande. Préparer une liste, se souvenir de ce qui manque, retrouver les rayons, choisir entre plusieurs produits, comparer les prix, rester attentif malgré le bruit puis gérer le passage en caisse… Tous ces gestes s’enchaînent habituellement presque sans y penser.


Lorsque la mémoire devient plus fragile, cette activité peut demander davantage d’efforts. On peut oublier un produit pourtant inscrit sur la liste, revenir plusieurs fois dans le même rayon, hésiter devant les nombreuses références ou perdre ses moyens au moment de payer.


Ces difficultés ne signifient pas nécessairement qu’il faut renoncer aux courses. Quelques repères peuvent permettre de continuer à y participer, de façon plus sereine et adaptée aux capacités de chacun.


Une activité quotidienne qui mobilise de nombreuses capacités

Il y a quelque temps, je vous racontais la « petite virée au supermarché » de Marcel. Sa femme lui avait confié une liste de dix produits habituels. Pendant qu’il réalisait ses achats, je l’observais discrètement : comment allait-il utiliser sa liste, retrouver les rayons, choisir les bons produits et rejoindre les caisses ?

Une personne peut donc connaître parfaitement les produits qu’elle achète depuis des années et rencontrer malgré tout des difficultés pour organiser l’ensemble de la tâche.
Une personne peut donc connaître parfaitement les produits qu’elle achète depuis des années et rencontrer malgré tout des difficultés pour organiser l’ensemble de la tâche.

Cette mise en situation permettait d’observer Marcel dans une activité réelle, bien plus révélatrice de son quotidien qu’un exercice réalisé à une table. Elle mettait aussi en lumière la complexité d’une tâche en apparence très ordinaire.


Pour faire ses courses, nous sollicitons notamment :

  • la mémoire, pour nous rappeler ce qu’il faut acheter et ce qui a déjà été placé dans le panier ;

  • l’attention, pour rester centré malgré les conversations, la musique, les annonces ou les promotions ;

  • les capacités d’organisation, pour préparer un parcours et passer d’un rayon à l’autre ;

  • la capacité à s’adapter, lorsqu’un produit manque ou a changé de place ;

  • l’orientation dans l’espace, pour retrouver les rayons, les caisses et la sortie ;

  • le langage et la compréhension, pour lire les étiquettes et comprendre les informations affichées ;

  • le raisonnement et le calcul, pour choisir un format, comparer des prix ou gérer le paiement.


Une personne peut donc connaître parfaitement les produits qu’elle achète depuis des années et rencontrer malgré tout des difficultés pour organiser l’ensemble de la tâche.


Comprendre cette réalité permet de porter un autre regard sur les oublis, les hésitations ou la lenteur : ils ne traduisent ni un manque de volonté ni un manque d’intérêt.


Avant de partir : alléger ce qui peut l’être

Des courses plus sereines commencent à la maison.


L’objectif n’est pas de tout prévoir dans les moindres détails mais d’éviter que la personne ait trop d’informations à gérer en même temps.


1- Préparer une liste claire

La liste peut devenir un véritable fil conducteur, à condition de rester simple et facile à utiliser. Il peut être utile de :

  • vérifier ensemble les placards et le réfrigérateur ;

  • ne noter que les achats réellement nécessaires ;

  • écrire suffisamment gros et lisiblement ;

  • inscrire un seul produit par ligne ;

  • utiliser les mots familiers de la personne ;

  • ajouter, si besoin, la marque, le conditionnement ou une photographie du produit habituel ;

  • prévoir une case à cocher ou suffisamment d’espace pour barrer chaque article.


Lorsque la liste est longue, regrouper les produits par rayons évite de parcourir plusieurs fois le magasin.


Ce classement peut être adapté à l’organisation du magasin habituel. Il devient alors une sorte de petit itinéraire.
Ce classement peut être adapté à l’organisation du magasin habituel. Il devient alors une sorte de petit itinéraire.

2- Choisir le contexte le plus favorable

Le lieu et le moment ont également leur importance. Un magasin connu, dans lequel les principaux repères sont déjà installés, sera souvent plus facile à parcourir. Lorsque cela est possible, un horaire calme limite le bruit, l’attente et les sollicitations.


Pour certaines personnes, un petit commerce familier sera plus accessible qu’un grand supermarché. Pour d’autres, l’hypermarché habituel restera rassurant parce qu’elles en connaissent l’organisation depuis longtemps. Il n’existe pas de solution unique : le meilleur environnement est celui dans lequel la personne conserve ses repères et se sent en confiance.


Il peut aussi être intéressant de préparer à l’avance :

  • les sacs de courses ;

  • le moyen de paiement habituel ;

  • une enveloppe ou un emplacement précis pour le ticket ;

  • les lunettes, si elles sont nécessaires pour lire la liste et les prix ;

  • un téléphone chargé et un contact facilement accessible lorsque la personne fait quelques achats seule.


3- Dans le magasin : conserver un fil conducteur

Une fois dans le magasin, la liste gagne à rester visible. Placée dans une poche ou au fond d’un sac, elle risque d’être oubliée. Elle peut être tenue à la main, fixée sur le chariot ou posée dans un porte-documents léger.


Barrer ou cocher chaque produit dès qu’il est placé dans le panier permet de visualiser ce qui a déjà été fait. Ce geste simple soulage la mémoire et réduit les vérifications répétées.

Il peut également être plus facile de terminer un rayon avant de passer au suivant. En cas d’interruption ou d’hésitation, revenir à la liste permet de retrouver l’étape en cours : « Qu’avons-nous déjà pris ? Que reste-t-il à chercher ? »


Cette fiche est à remplir au fur et à mesure des besoins. Elle doit être affichée dans la cuisine, sur le réfrigérateur par exemple. Elle reprend les principaux besoins classés par rayon. Elle vous accompagnera ensuite pendant vos courses.
Cette fiche est à remplir au fur et à mesure des besoins. Elle doit être affichée dans la cuisine, sur le réfrigérateur par exemple. Elle reprend les principaux besoins classés par rayon. Elle vous accompagnera ensuite pendant vos courses.

Certaines personnes préfèrent cocher les produits, d’autres les barrer ou replier progressivement la feuille. Il n’est pas nécessaire d’imposer une méthode si celle que la personne utilise spontanément fonctionne. Le bon outil est avant tout celui qu’elle comprend, accepte et pense à utiliser.


4- Trop de choix tue le choix

Dans certains rayons, plusieurs dizaines de références peuvent correspondre au même produit. Il faut alors comparer la marque, le prix, la quantité, le goût ou le conditionnement. Cette abondance de choix peut augmenter la fatigue et faire perdre le fil de l’achat initial.


Privilégier quelques produits habituels peut simplifier la décision. Une photographie ou une précision sur la liste : « café, paquet rouge » ou « lait demi-écrémé, six bouteilles ». Cela peut aussi servir de repère.


Si la personne hésite, l’aidant peut réduire le nombre d’options sans décider immédiatement à sa place : « Préfères-tu celui-ci ou celui-là ? » Deux possibilités concrètes sont souvent plus faciles à comparer qu’un rayon entier.


Il n’est pas toujours nécessaire de corriger un choix différent de celui qui était prévu. Si le produit convient, respecte les habitudes et n’entraîne pas de risque particulier, accepter cette décision permet de préserver une véritable marge de choix.


5- Le passage en caisse : plusieurs actions en peu de temps

Le paiement constitue souvent l’un des moments les plus exigeants. Il faut déposer les articles, suivre leur passage, écouter le montant, préparer la carte ou l’argent, mémoriser un code, récupérer les achats, ranger le portefeuille et parfois répondre rapidement aux questions de la personne en caisse.


Quelques adaptations peuvent alléger cette étape :

  • choisir une caisse peu fréquentée lorsque cela est possible ;

  • préparer le moyen de paiement avant son tour ;

  • privilégier le mode de règlement le plus familier ;

  • laisser à la personne le temps d’effectuer chaque geste ;

  • ranger immédiatement la carte ou le portefeuille dans un emplacement habituel ;

  • vérifier discrètement que le ticket, les achats et les effets personnels ont bien été récupérés.


Les caisses automatiques ne sont pas toujours plus simples. Leurs messages successifs, leurs signaux sonores et les interventions parfois nécessaires peuvent être déroutants. Certaines personnes les apprécient, notamment lorsqu’elles les utilisent déjà régulièrement ; d’autres seront plus à l’aise avec une caisse traditionnelle. Là encore, la familiarité reste un repère précieux.


Aider sans faire systématiquement à la place

Pour un proche, voir la personne hésiter peut donner envie d’intervenir immédiatement. Pourtant, une aide trop rapide peut lui enlever l’occasion de chercher, de décider et de constater qu’elle est encore capable de réaliser une partie de l’activité.


Il peut être utile de commencer par observer : à quel moment précis la difficulté apparaît-elle ? La personne ne retrouve-t-elle plus le rayon ? A-t-elle oublié de regarder sa liste ? Hésite-t-elle entre plusieurs produits ? Est-elle surtout fatiguée par le bruit et l’affluence ?

L’aide peut ensuite être proposée progressivement :

  1. laisser un temps de recherche ;

  2. attirer l’attention sur le bon repère : « Nous pouvons regarder la liste » ;

  3. poser une question simple : « Dans quel rayon pourrions-nous trouver le beurre ? » ;

  4. proposer deux possibilités ;

  5. chercher ou réaliser l’étape ensemble ;

  6. prendre le relais si la fatigue, l’anxiété ou l’insécurité deviennent trop importantes.

    Accompagner ne signifie pas nécessairement guider chaque geste. Il peut être plus aidant de rester disponible, d’apporter un repère au bon moment et de laisser à la personne la possibilité de faire ce qu’elle sait encore faire.

Accompagner ne signifie pas nécessairement guider chaque geste. Il peut être plus aidant de rester disponible, d’apporter un repère au bon moment et de laisser à la personne la possibilité de faire ce qu’elle sait encore faire.


Le ton employé a également son importance. Une remarque comme « Je te l’avais pourtant dit » risque d’accentuer le sentiment d’échec. Une formulation telle que « Regardons ensemble où nous en sommes » replace au contraire l’attention sur la solution.


Participer aux courses autrement

L’autonomie ne se résume pas au fait de réaliser seul l’ensemble des courses. Lorsque l’activité complète devient trop longue ou trop complexe, la participation peut prendre différentes formes.


La personne peut par exemple :

  • regarder ce qui manque dans les placards ;

  • participer à la rédaction de la liste ;

  • choisir les menus ou certains produits ;

  • être responsable d’un seul rayon ;

  • pousser le chariot et cocher la liste ;

  • vérifier les achats avant le passage en caisse ;

  • régler une petite somme dans un commerce familier ;

  • aider à ranger les produits au retour.


Ces rôles ne sont pas symboliques. Ils permettent de continuer à prendre des décisions, à contribuer à la vie du foyer et à mobiliser des capacités préservées.


Une personne peut également être autonome pour acheter son pain dans une boulangerie connue, tout en ayant besoin d’être accompagnée dans une grande surface. Les capacités varient selon le lieu, la fatigue, le moment de la journée et la complexité des achats. Il est donc préférable d’ajuster l’aide à la situation plutôt que de conclure de façon définitive qu’elle « peut » ou « ne peut plus » faire ses courses.


Quelques signes qui invitent à réajuster l’organisation

Certains changements peuvent indiquer que les courses demandent désormais davantage de soutien :

  • des oublis très fréquents malgré la liste ;

  • des achats en grande quantité ou répétés alors qu’ils sont déjà disponibles à la maison ;

  • des erreurs de paiement récurrentes ;

  • une vulnérabilité face aux sollicitations ou aux demandes d’argent ;

  • une difficulté à retrouver la sortie ou le véhicule ;

  • une anxiété importante avant ou pendant les courses ;

  • une fatigue qui persiste longtemps après la sortie.


Ces observations ne conduisent pas nécessairement à arrêter l’activité. Elles invitent plutôt à rechercher une organisation plus confortable : réduire la liste, choisir un commerce plus petit, être accompagné, répartir les achats sur plusieurs sorties ou confier certaines étapes à un proche.


Lorsque les difficultés évoluent rapidement, entraînent des situations dangereuses ou ont des conséquences financières, il est important d’en parler avec le médecin et les professionnels qui vous accompagnent.


Préserver l’essentiel : choisir, agir et contribuer

Faire ses courses ne consiste pas seulement à remplir un réfrigérateur. C’est aussi sortir de chez soi, se repérer dans son quartier, rencontrer d’autres personnes, faire des choix et participer à la vie quotidienne.


Lorsque des troubles cognitifs apparaissent, l’objectif n’est pas nécessairement de maintenir cette activité exactement comme avant. Il s’agit plutôt de rechercher la forme de participation qui reste confortable et sécurisante pour la personne.


Une liste plus claire, un magasin familier, un parcours simplifié et une aide proposée au bon moment peuvent parfois suffire à rendre les courses plus sereines. L’essentiel n’est pas que tout soit réalisé parfaitement mais que la personne puisse continuer, autant que possible, à agir, à choisir et à se sentir utile.



 
 
 

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