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Le rôle de l’attention dans les oublis du quotidien

Et si ce n’était pas toujours la mémoire qui nous jouait des tours ?

Certains oublis du quotidien ne viennent pas forcément d’un problème de mémoire pure.
Certains oublis du quotidien ne viennent pas forcément d’un problème de mémoire pure.

Vous avez déjà posé vos lunettes quelque part… puis passé dix minutes à les chercher ?Vous êtes déjà entrée dans une pièce en vous demandant : "Mais qu’est-ce que je venais faire ici ?"

Dans ces moments-là, la première pensée est souvent : "Ça y est, ma mémoire me lâche."

Et pourtant, ce n’est pas forcément le cas.

Certains oublis du quotidien ne viennent pas forcément d’un problème de mémoire pure. Parfois, l’information n’a tout simplement pas été bien enregistrée au départ. Et pour enregistrer une information, notre cerveau a besoin d’une première chose essentielle : l’attention.


La mémoire commence avant le souvenir

On imagine souvent la mémoire comme une grande bibliothèque dans laquelle les souvenirs seraient rangés. Quand on oublie, on se dit que le souvenir a disparu ou qu’on n’arrive plus à le retrouver.


Mais avant de pouvoir retrouver une information, encore faut-il qu’elle ait été correctement rangée. Et c’est là que l’attention intervient.

L’attention, c’est un peu comme un projecteur. Elle éclaire ce que notre cerveau va traiter en priorité. Si le projecteur est bien orienté vers l’information, le cerveau a plus de chances de l’enregistrer. Mais si notre attention est déjà prise ailleurs (par une pensée, une conversation, un bruit, une inquiétude, une autre tâche) l’information peut passer… sans vraiment s’inscrire.

lorsque l’attention est divisée au moment où l’on apprend ou reçoit une information, la mémorisation est moins efficace.
Lorsque l’attention est divisée au moment où l’on apprend ou reçoit une information, la mémorisation est moins efficace.

Les recherches en neurosciences montrent bien que lorsque l’attention est divisée au moment où l’on apprend ou reçoit une information, la mémorisation est moins efficace. Autrement dit, ce n’est pas seulement se souvenir qui est difficile : c’est parfois avoir été suffisamment disponible au moment où l’information est arrivée.


Prenons un exemple très simple :

Vous rentrez chez vous, vous posez vos clés sur un meuble mais au même moment vous pensez au repas, au téléphone qui vient de sonner, au rendez-vous de demain. Votre main a bien posé les clés. Mais votre attention, elle, était ailleurs.

Résultat : une heure plus tard, vous ne savez plus où elles sont. Non pas parce que votre mémoire a effacé l’information mais parce que votre cerveau ne l’a peut-être jamais vraiment enregistrée.


Ces oublis qui ressemblent à des trous de mémoire

Dans la vie quotidienne, ces situations sont très fréquentes, elles peuvent être agaçantes, parfois inquiétantes, surtout quand elles se répètent. Mais elles méritent aussi d’être regardés avec douceur. Elles ne disent pas forcément : "Je perds mes capacités." Elles peuvent simplement dire : "Mon attention était déjà bien occupée."

Et cela change beaucoup de choses.

Parce que si l’attention joue un rôle alors il existe des manières très concrètes d’aider la mémoire à mieux faire son travail.


Pourquoi l’attention peut être fragilisée au quotidien ?

Notre attention n’est pas illimitée. Elle fatigue. Elle se disperse. Elle peut être perturbée par le stress, la douleur, le manque de sommeil, les préoccupations, le bruit, les écrans ou tout simplement par le fait de vouloir faire plusieurs choses en même temps.


Avec l’âge, et encore plus lorsqu’il existe des troubles cognitifs légers, certaines situations demandent davantage d’effort : suivre une conversation dans un environnement bruyant, passer rapidement d’une tâche à l’autre, retenir plusieurs informations en même temps ou filtrer ce qui est important parmi trop de stimulations.


Les travaux sur le vieillissement cognitif montrent notamment que les tâches qui demandent de diviser ou de déplacer son attention peuvent devenir plus coûteuses alors que d’autres capacités restent bien présentes.


Quelques pistes simples pour aider l’attention… et donc la mémoire

La première piste, toute simple, consiste à ralentir le moment de l’enregistrement.

Par exemple, au lieu de poser ses lunettes machinalement, on peut prendre deux secondes pour regarder l’endroit et se dire à voix haute : "Je pose mes lunettes sur la table de l’entrée."

Cela peut paraître presque trop simple. Pourtant, ce petit geste aide le cerveau à associer l’action, le lieu et les mots. On transforme un geste automatique en information mieux repérée.


Deuxième piste : éviter de faire plusieurs choses à la fois, surtout pour les actions importantes. Prendre un médicament, noter un rendez-vous, ranger un document, préparer un paiement, écouter une consigne : ce sont des moments où l’attention mérite d’être un peu protégée. Petite parenthèse, non mesdames, faire trois choses en même temps n’est pas une preuve d’efficacité cognitive… c’est surtout une très bonne façon de ne plus savoir où l’on a posé ses lunettes !


Troisième piste : créer des places fixes. Les clés toujours au même endroit. Les lunettes dans une même boîte. Le courrier à traiter dans une bannette précise. Le carnet ou l’agenda toujours sur la même table. Moins il y a de décisions à prendre, moins la mémoire est sollicitée inutilement.

les aides externes comme les notes, calendriers ou rappels peuvent soutenir efficacement le quotidien.
Les aides externes comme les notes, calendriers ou rappels peuvent soutenir efficacement le quotidien.

Quatrième piste : s’appuyer sur l’écrit. Une liste de courses, une note sur la table, une phrase dans un carnet, un calendrier visible… Ce ne sont pas des signes de faiblesse. Ce sont des outils d’autonomie. Les recherches sur la mémoire prospective (c’est-à-dire le fait de se souvenir de faire quelque chose plus tard) montrent que les aides externes comme les notes, calendriers ou rappels peuvent soutenir efficacement le quotidien.


Enfin, il peut être intéressant de favoriser les activités qui entraînent l’attention sans mettre en échec : observer une image, chercher des différences, retrouver une information dans une consigne, classer, associer, barrer ce qui est fait, suivre une petite logique, raconter ce que l’on voit. Faire les exercices des Carnets de Léon et Augustine.

L’attention se travaille souvent mieux quand elle est portée par une activité concrète, agréable et suffisamment courte pour rester motivante.


Dédramatiser, sans minimiser

Comprendre le rôle de l’attention permet de regarder certains oublis autrement. Non, oublier où l’on a posé ses lunettes ou ne plus savoir pourquoi l’on est entré dans une pièce ne signifie pas automatiquement qu’une maladie neurodégénérative est en train de s’installer. Mais cela ne veut pas dire non plus qu’il faut balayer ces signes d’un revers de main.


Des oublis répétés, une fatigue inhabituelle, une impression de surcharge mentale, des difficultés à rester concentré, une anxiété plus présente ou le sentiment de ne plus arriver à suivre méritent qu'on y prête attention.


Aussi, une consultation avec le médecin traitant est toujours pertinente. Elle permet de faire le point tranquillement, d’écarter certaines causes possibles — fatigue, sommeil, stress, douleur, traitements, baisse de moral, problèmes de vue ou d’audition — et d’orienter si besoin vers un bilan plus spécifique.

Il est aussi possible de s’appuyer sur ICOPE Monitor, un outil gratuit développé dans le cadre du programme ICOPE, recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé. Il permet de réaliser un premier repérage simple autour de plusieurs grandes fonctions importantes pour bien vieillir : la mémoire, la mobilité, la nutrition, la vision, l’audition et le moral. https://www.icopemonitor.fr/


Le programme ICOPE permet de réaliser un premier repérage simple autour de plusieurs grandes fonctions importantes pour bien vieillir
Le programme ICOPE permet de réaliser un premier repérage simple autour de plusieurs grandes fonctions importantes pour bien vieillir

Mais dans beaucoup de situations du quotidien, il peut être apaisant de se rappeler ceci : oublier ne signifie pas toujours que la mémoire disparaît. Parfois, l’information n’a simplement pas été bien enregistrée, parce que l’attention était déjà occupée ailleurs.

Et cette idée est plutôt encourageante.


Parce qu’il existe des leviers concrets. On peut ralentir. Noter. Répéter autrement. Choisir un moment plus calme. Limiter le multitâche. Installer des repères. Proposer des activités adaptées, sans pression et sans mise en échec.


C’est tout le sens des Carnets de Léon et Augustine : accompagner la mémoire avec douceur, en partant de la vraie vie, des gestes simples, des mots du quotidien, des souvenirs, des envies et des réussites.


Il est parfois précieux de commencer par créer les bonnes conditions pour que la mémoire puisse s’exprimer : un cadre rassurant, une attention disponible, une activité qui a du sens… et la confiance que chacun garde des capacités sur lesquelles s’appuyer.



 
 
 

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