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Observer, jardiner, transmettre : tout ce que le jardin nous offre


Avec le retour des beaux jours, beaucoup ressentent cette envie simple mais précieuse : remettre les mains dans la terre, préparer quelques semis, rempoter une plante, tailler un rosier, fleurir un balcon ou observer ce qui reprend vie dehors.


Et si ces gestes du quotidien faisaient bien plus qu’occuper le temps ?


Le jardinage, qu’il se vive dans un jardin, sur une terrasse, sur un balcon ou à travers quelques jardinières, mobilise de nombreuses capacités à la fois. Il invite à observer, à se souvenir, à anticiper, à choisir, à s’adapter, à suivre les saisons. Mais surtout, il le fait de façon concrète, naturelle et profondément engageante.


Un rythme qui apaise et remet en mouvement

Jardiner fait du bien parce que cette activité remet doucement en mouvement. Elle donne une raison de sortir, de respirer, de lever les yeux, de sentir l’air, d’écouter les oiseaux, de suivre l’évolution d’une fleur ou d’une pousse.

Jardiner fait du bien parce que cette activité remet doucement en mouvement.
Jardiner fait du bien parce que cette activité remet doucement en mouvement.

Il y a là quelque chose de très apaisant. On n’est pas dans la performance. On prend son temps. On regarde. On ajuste. On attend. On recommence. Ce rythme soutient l’attention, recentre l’esprit et redonne parfois un peu d’élan quand les journées semblent plus vides ou plus monotones.


Et il n’est pas nécessaire d’avoir un grand terrain pour en ressentir les bénéfices. Quelques pots d’aromates, des jardinières de fleurs, un rosier, un pied de tomate cerise ou même une simple plante à rempoter peuvent déjà devenir de vrais points d’appui dans la journée.


Une activité qui sollicite plusieurs capacités à la fois

Le jardinage est particulièrement intéressant parce qu’il fait appel à plusieurs fonctions cognitives en même temps, sans jamais donner l’impression de faire un exercice.


Il faut se souvenir de ce que l’on a planté, penser à l’arrosage, repérer ce qui a changé, choisir le bon moment pour intervenir, comprendre pourquoi une plante semble moins en forme, organiser les étapes, retrouver le nom d’une fleur ou d’un outil. La mémoire, l’attention, le langage, le raisonnement et la planification sont donc sollicités de façon très concrète, dans une activité qui a du sens.

La mémoire, l’attention, le langage, le raisonnement et la planification sont donc sollicités de façon très concrète, dans une activité qui a du sens.
La mémoire, l’attention, le langage, le raisonnement et la planification sont donc sollicités de façon très concrète, dans une activité qui a du sens.

Le jardinage aide aussi à se repérer dans le temps. Il nous remet au contact des saisons, des cycles, de la patience nécessaire à certaines choses. Il rappelle que tout ne pousse pas au même rythme, que certaines fleurs s’ouvrent plus vite que d’autres, qu’il faut parfois attendre, observer et revenir plus tard. Ce rapport au temps, très vivant, peut être particulièrement rassurant.


La mémoire du geste : un savoir-faire souvent encore bien là

Il y a aussi, dans le jardinage, une dimension très précieuse : celle de la mémoire du geste.

Préparer des semis, remplir un pot de terre, rempoter sans casser les racines, arroser sans noyer, enlever une fleur fanée, tailler un rosier, pincer une tige… tous ces gestes s’appuient sur des savoir-faire acquis avec le temps. En neurosciences, on parle de mémoire procédurale : c’est la mémoire des automatismes et des gestes appris, celle qui soutient nos habitudes et nos savoir-faire.

En neurosciences, on parle de mémoire procédurale : c’est la mémoire des automatismes et des gestes appris, celle qui soutient nos habitudes et nos savoir-faire.
En neurosciences, on parle de mémoire procédurale : c’est la mémoire des automatismes et des gestes appris, celle qui soutient nos habitudes et nos savoir-faire.

Et cette mémoire est souvent encore bien présente, même lorsque d’autres fragilités apparaissent. Une personne peut hésiter sur un mot, perdre un peu le fil, avoir besoin d’un repère… et pourtant retrouver très justement la façon de tenir un outil, de tasser la terre, de rempoter avec méthode ou d’arroser au bon endroit. C’est toute la richesse de ces activités : elles permettent de s’appuyer sur ce qui reste, sur ce que le corps sait encore faire, sur une expérience qui ne passe pas seulement par les mots.


Observer, ralentir, laisser entrer le vivant

Le jardinage, ce n’est pas seulement faire. C’est aussi observer.

Regarder une graine lever, suivre l’ouverture d’une fleur, remarquer une nouvelle pousse, voir revenir les oiseaux… tout cela nourrit l’attention et donne de la matière à penser, à ressentir, à raconter. Installer une coupelle d’eau pour les oiseaux, par exemple, peut devenir un petit rituel très riche : on les voit venir boire, s’ébrouer, repartir, revenir. On les attend. On commente ce que l’on voit.


Ces moments paraissent simples. Ils sont pourtant très précieux. Ils ralentissent le rythme, apaisent, ouvrent une fenêtre sur l’extérieur et remettent du vivant dans la journée. Ils créent aussi des occasions d’échange très naturelles. Une jardinière fleurie, un rosier qui reprend, quelques tomates sur un balcon ou des oiseaux qui viennent boire deviennent facilement un sujet de conversation avec un voisin, un passant, un proche. On échange un mot sur la météo, sur ce qui pousse bien cette année, sur une fleur qui s’est ouverte, sur un conseil de plantation ou d’arrosage. Ces petits échanges du quotidien peuvent sembler anodins, mais ils entretiennent le lien social, soutiennent la communication et permettent de rester ouvert à son environnement.

On échange un mot sur la météo, sur ce qui pousse bien cette année, sur une fleur qui s’est ouverte, sur un conseil de plantation ou d’arrosage.
On échange un mot sur la météo, sur ce qui pousse bien cette année, sur une fleur qui s’est ouverte, sur un conseil de plantation ou d’arrosage.

Le jardin, le balcon ou la terrasse deviennent alors bien plus qu’un simple espace à entretenir. Ils deviennent un support de présence au monde, d’observation, de partage et de rencontre.


Se sentir utile, transmettre, être fier

C’est sans doute l’un des aspects les plus importants. Le jardin ne soutient pas seulement les capacités cognitives. Il soutient aussi le sentiment d’utilité.

Ces gestes redonnent une place, un rôle, une responsabilité. Ils permettent aussi de transmettre.
Ces gestes redonnent une place, un rôle, une responsabilité. Ils permettent aussi de transmettre.

Arroser une jardinière, surveiller une pousse, reconnaître qu’une terre est trop sèche, choisir où mettre un pot, montrer comment repiquer ou expliquer quand tailler un rosier, ce ne sont pas de petits riens. Ce sont des gestes qui redonnent une place, un rôle, une responsabilité. Ils permettent aussi de transmettre.


Et dans cette transmission, il y a souvent beaucoup de dignité et beaucoup de fierté. La fierté de savoir encore faire. La fierté de montrer. La fierté de partager une astuce, une habitude, un geste ancien. Quand une personne peut encore prendre soin de quelque chose de vivant, elle ne fait pas seulement une activité : elle habite un rôle, elle agit, elle apporte.


Ce que la recherche nous montre

Cette intuition est aujourd’hui soutenue par plusieurs travaux. Une étude française publiée en 2021 a montré qu’un jardin enrichi en EHPAD était associé à une amélioration de la cognition et de l’autonomie chez des résidents vivant avec des troubles cognitifs.


Une étude qualitative publiée ensuite par les mêmes auteurs s’est intéressée à la façon dont les résidents s’appropriaient cet espace. Elle met en avant le sentiment d’appropriation du lieu et le fait qu’un espace extérieur investi peut davantage devenir un espace “à soi”, porteur de repères, d’initiative et de continuité.


Plus largement, une revue systématique publiée en 2023 conclut que les premières études suggèrent des effets favorables de l’usage des jardins sur la qualité de vie, l’humeur et certains symptômes psycho-comportementaux chez les personnes vivant avec une démence en institution, tout en rappelant que ces effets dépendent aussi de la manière dont le jardin est utilisé et accompagné.


Une occasion de réussir, de raconter, de partager et de continuer à se sentir capable

Au fond, c’est exactement ce que nous cherchons à transmettre avec les Carnets de Léon et Augustine.


Comme au jardin, les activités proposées s’ancrent dans la vraie vie. Elles sollicitent plusieurs capacités à la fois mais toujours à partir de situations concrètes, familières et engageantes. Observer, se repérer, faire appel à ses souvenirs, retrouver un mot, suivre une logique, prendre son temps, s’appuyer sur un geste connu, réfléchir à partir du quotidien… tout cela se retrouve dans les exercices des Carnets.


Comme au jardin, les Carnets soutiennent la relation : ils donnent matière à échanger, à raconter, à commenter, à transmettre et à partager simplement un moment avec un proche, un aidant ou un professionnel.


Comme au jardin, il ne s’agit pas seulement de faire travailler le cerveau. Il s’agit aussi de valoriser les capacités préservées, de soutenir l’initiative, de laisser une place au plaisir, à l’utilité et à la transmission. Car derrière une activité simple, il y a souvent bien plus qu’une consigne : il y a une occasion de réussir, de raconter, de partager et de continuer à se sentir capable.


Envie de prolonger cette approche au quotidien ? Découvrez les Carnets de Léon et Augustine : des activités pensées pour stimuler en douceur, valoriser les capacités préservées et faire de chaque moment une occasion de rester actif, curieux et confiant.




Références :

  • Bourdon E, Belmin J. L’appropriation de l’espace par le résident en institution gériatrique : une étude qualitative sur le jardin enrichi en Ehpad. NPG Neurologie-Psychiatrie-Gériatrie, 2022.

  • Van der Velde-van Buuringen M. et al. The effect of garden use on quality of life and behavioral and psychological symptoms of dementia in people living with dementia in nursing homes: a systematic review., 2023.

 
 
 

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