Le portrait chinois : un jeu simple, riche de sens, pour se raconter
- Augustine

- 9 mars
- 5 min de lecture
Il y a des activités qui paraissent simples, presque légères… et qui ouvrent pourtant des portes immenses. Le portrait chinois fait partie de celles-là.
Sur le papier, c’est un jeu littéraire très accessible : il consiste à se dévoiler en répondant à des phrases comme "Si j’étais un animal…", "Si j’étais une couleur…" ou "Si j’étais un plat…".
Derrière sa forme ludique, il permet pourtant de révéler des goûts, des préférences, une sensibilité, une manière d’être au monde. il peut devenir un vrai point de départ pour échanger tout en sollicitant le vocabulaire, la mémoire, la concentration.
C’est précisément ce que j’aime dans cette activité : elle ne demande pas : "racontez-moi qui vous êtes", ce qui peut parfois impressionner, fatiguer ou bloquer. Elle propose une porte d’entrée bien plus douce.
On ne demande pas un récit structuré. On invite simplement la personne à choisir, à associer, à ressentir, à évoquer. Et très souvent, à partir d’une réponse toute simple, un souvenir apparaît, une anecdote surgit, un sourire se dessine.
Dans votre article, vous découvriez que ce jeu peut devenir un lieu de discussion sur ce que l’autre représente pour nous, sur ce qu’il est encore aujourd’hui, en s’appuyant sur les souvenirs communs, les anecdotes et les sentiments.
Une activité qui sollicite de nombreuses capacités
Le portrait chinois mobilise d’abord le langage : il faut comprendre la phrase, chercher un mot, faire un choix, parfois l’expliquer.
Il mobilise aussi la mémoire parce qu’une réponse s’appuie souvent sur une expérience passée, une habitude, une image familière ou une émotion ancienne.
Il fait également travailler l’attention et la concentration puisqu’il faut rester avec la consigne, réfléchir un instant puis se décider.
Et lorsque la personne écrit sa réponse, même un mot ou deux, elle engage aussi le geste, le repérage sur la page et le plaisir de laisser une trace.

J’aime aussi le portrait chinois parce qu’il remet la personne au centre. Avec les troubles de la mémoire, l’entourage est parfois occupé à compenser les difficultés. Aussi, il peut arriver qu’il reste peu de place pour parler de goûts, d’humour, de préférences ou de personnalité. Or une personne, ce n’est jamais seulement ses oublis. C’est aussi ce qu’elle aime, ce qu’elle déteste, ce qui la fait rire, ce qui l’émeut, ce qu’elle aurait choisi spontanément si on lui avait laissé le temps.
Comment proposer et accompagner le portrait chinois ?
Concrètement, il peut être intéressant de proposer le portrait chinois dans un moment calme, sans fond sonore envahissant, à une table confortable, avec un support lisible et peu chargé. Un environnement calme et apaisé nous permet de mieux se concentrer. L’idée n’est pas de faire un exercice au sens scolaire du terme mais de créer une parenthèse agréable. On peut choisir cinq ou six phrases seulement pour commencer. Il n’est pas nécessaire de tout remplir d’un coup. Une réponse orale peut déjà être très riche. Une réponse écrite, même brève, peut suffire largement.
Pour accompagner cette activité, la posture compte beaucoup. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise réponse. Si une personne dit : "Si j’étais une couleur, je serais gris perle", c’est sa réponse et elle a toute sa valeur. On peut simplement relancer avec douceur : "Qu’est-ce qui vous fait penser à cette couleur ?", "Est-ce qu’elle vous rappelle quelque chose ?" , " Vous l’auriez choisie il y a vingt ans aussi ?".
Quand la personne hésite, il peut être aidant de proposer deux ou trois pistes sans imposer : "Quelque chose de doux ? de vif ? de discret ?". L’objectif n’est pas la performance. C’est l’expression, favoriser la participation, faire émerger souvenirs et les émotions, renforcer la confiance en soi et rendre les échanges plus fluides.
Pour aller plus loin, le portrait chinois peut devenir un merveilleux support relationnel. On peut remplir son propre portrait à côté de celui de son proche. On peut faire un portrait d’aujourd’hui puis un portrait de quand j’avais 20 ans. On peut aussi créer un portrait chinois d’une personne qu’on aime : "Mamie, si tu étais un plat…", "Papa, si tu étais une chanson…". Nous pouvons offrir à l’autre un portrait pensé pour lui, à partir de souvenirs communs et de tout ce qu’il représente encore pour nous.
Une lecture à voix haute comme un poème de soi
Il peut aussi être très beau de proposer à la personne, si elle en a envie, de relire toutes ses réponses à voix haute, comme une sorte de poème. En commençant par exemple par : "Moi, Augustine, je suis une girafe, je suis une pivoine, je suis une blanquette de veau, je suis l'odeur de la pluie d'été, je suis la vie en rose, je suis une factrice, je suis l'Irlande…". Cette façon de procéder permet souvent de prendre conscience, dans un même élan, de tout ce que l’on est encore aujourd’hui. Il y a parfois, dans ce moment, une séquence plus émouvante. Et c’est bien naturel. Il est profondément touchant de se voir ainsi rassemblé en quelques images, quelques goûts, quelques élans, et de sentir que malgré les fragilités, quelque chose de soi demeure intact.
Transformer ses réponses en tableau de soi
Le portrait chinois peut aussi prendre une forme plus visuelle, sous la forme d’un tableau à composer avec des images. On peut découper, imprimer ou coller les réponses choisies pour créer une sorte de portrait en images. Le portrait devient alors une véritable photo symbolique de la personne. Cette mise en images permet de valoriser très concrètement ses goûts, ses qualités, ses repères, ce qu’elle aime et ce qui la représente. C’est une belle manière de rappeler que si la mémoire peut parfois s’effilocher, l’identité profonde, elle, reste bien là. La personne demeure elle-même, avec son histoire, sa sensibilité, ses préférences et tout ce qui fait sa singularité.

On peut également prendre des objets en photo pour un faire une photo-portrait ...

Pourquoi j'aime ce jeu ...
Parce qu’il est simple à mettre en place, très adaptable et surtout profondément humain. Il permet de travailler sans en avoir l’air. Il contourne la peur de mal faire. Il remet de la légèreté. Il ouvre une discussion là où le quotidien s’est parfois réduit à des consignes, des rappels ou des inquiétudes.
Et pourquoi est-ce que je l’aime toujours autant aujourd’hui ? Parce qu’il révèle, en quelques phrases, bien plus qu’un questionnaire classique. Il capte quelque chose de vivant.
Si la mémoire s’étiole parfois, l’essentiel de la personne, lui, ne disparaît pas. Son identité, ses goûts, ses élans, son humour, sa sensibilité sont toujours là. Et c’est précieux de le mettre en valeur.
C’est cette conviction qui guide chaque page des Carnets de Léon et Augustine : proposer des activités qui mettent en lumière nos ressources, notre histoire et tout ce que nous sommes encore aujourd’hui.
Vous souhaitez essayer ce type d’activités avec votre proche, dans votre pratique professionnelle ou pour vous-même ?




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