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Mémoire et émotions : se sentir en sécurité pour mieux avancer


Dans l’accompagnement des troubles de la mémoire, on pense spontanément stimulation, exercices, entraînement. C’est important, bien sûr. Mais sur le terrain, un autre facteur pèse très lourd sur la réussite d’une activité, la fluidité d’un échange ou la capacité à mobiliser ses ressources : l’état émotionnel.


Une personne peut avoir des capacités encore bien présentes et, pourtant, se retrouver en difficulté si elle se sent sous pression, anxieuse, fatiguée, jugée ou simplement dépassée par l’environnement (bruit, consignes multiples, rythme trop rapide).


À l’inverse, lorsque la personne se sent en sécurité, soutenue et respectée, on observe souvent davantage de disponibilité attentionnelle, une meilleure mobilisation des mots, plus de persévérance… et un plaisir retrouvé à "faire".


Cet article propose de comprendre simplement le lien stress–mémoire, d’identifier les signaux d’un stress qui déborde, et de découvrir des techniques concrètes d’apaisement. L’objectif est double : améliorer le confort du quotidien et réduire la mise en échec, autant pour la personne concernée que pour l’aidant.


Stress, attention, récupération : un équilibre fragile, mais modulable

Sur le plan neuropsychologique, la mémoire ne fonctionne jamais en vase clos. Elle dépend fortement de l’attention (capacité à sélectionner l’information pertinente, maintenir le fil, inhiber les distracteurs) et de la récupération (capacité à retrouver une information stockée). Or, le stress — qu’il soit ponctuel ou plus chronique — agit précisément sur ces deux piliers.

Quand l’émotion monte, le cerveau se met en mode "priorité à la sécurité".

Concrètement, cela peut se traduire par une attention plus instable, une fatigabilité accrue, et des difficultés à retrouver un mot ou une information pourtant connue. Ce phénomène est particulièrement visible dans les troubles cognitifs légers à modérés : la personne peut "savoir", mais ne plus parvenir à accéder à ce qu’elle sait au moment où on l’attend. C’est ce décalage qui génère souvent de la frustration, de l’agacement, voire un évitement des activités.

C’est ici qu’un point clé change la manière d’accompagner : réduire la pression, ce n’est pas renoncer, c’est au contraire créer les conditions pour que les capacités présentes puissent s’exprimer.


Repérer un stress qui déborde : des signes souvent discrets

Chez la personne âgée, et plus encore lorsque la communication devient moins fluide, le stress ne se formule pas toujours clairement. Il s’observe souvent dans le corps, le comportement et la relation.


Sur le plan corporel, on retrouve fréquemment une respiration plus courte, des crispations (épaules, mâchoire), un besoin de bouger, une tension générale ou au contraire un "coup de fatigue" soudain.


Sur le plan comportemental, le stress peut se manifester par des refus, une irritabilité inhabituelle, des répétitions, un besoin de contrôle, ou un blocage ("je ne sais plus", "laisse tomber").


Dans la relation, le stress augmente la sensibilité aux remarques, renforce la peur de se tromper et peut générer des tensions rapides, parfois des deux côtés.


Un repère très utile, pour l’aidant comme pour le professionnel, est le suivant : si la personne se met davantage en difficulté lorsqu’elle se sent observée, pressée, corrigée ou testée, il est probable que l’émotion joue un rôle majeur dans la performance du moment.


5 techniques pour apaiser et soutenir la mobilisation des ressources

L’enjeu n’est pas de calmer au sens de contrôler mais de co-réguler : aider le système émotionnel à redescendre, pour libérer l’attention et la récupération.


Les techniques ci-dessous sont volontairement simples, car elles doivent être utilisables dans la vraie vie.


La respiration est un premier levier efficace. Lorsque l’on allonge l’expiration, on aide le corps à sortir d’un état d’alerte. Quelques cycles suffisent souvent pour que le tonus émotionnel baisse. Dans un accompagnement, l’important est de proposer cela sans infantiliser : comme une pause utile, une manière de “remettre du calme dans le cerveau” avant de reprendre.


La musique est un second levier très puissant. Elle agit sur l’humeur, la sécurité intérieure et la motivation. Un morceau familier peut servir de repère, surtout dans les moments sensibles de la journée. Dans le cadre d’activités de stimulation, la musique peut aussi faire partie d’un rituel d’installation : elle marque le début, rassure et donne une continuité.

L’ancrage sensoriel est particulièrement intéressant en cas de confusion ou d’inquiétude. En revenant aux informations concrètes du présent (ce que je vois, ce que je sens, ce que j’entends), on réduit la rumination et on restaure un sentiment de repères. Cela peut se faire très naturellement, par une remarque guidée : observer la lumière, la température, la texture d’un objet, la présence d’une boisson chaude.


La routine constitue un outil souvent sous-estimé. Une activité courte, à horaire stable, dans un environnement similaire, diminue l’incertitude et donc l’anxiété anticipatoire. Cette régularité est aussi un facteur clé de réussite : elle installe des automatismes, réduit l’effort de mise en route et augmente la probabilité que l’activité devienne agréable.


Enfin, la validation occupe une place centrale. Valider, ce n’est pas être d’accord avec une idée fausse, c’est reconnaître l’émotion et le besoin qui s’expriment. Dire "je vois que c’est difficile", "ça t’inquiète", "on va prendre le temps" réduit immédiatement la tension relationnelle. Et lorsque la tension baisse, la personne retrouve plus facilement ses moyens. Dans les troubles cognitifs, cette approche est souvent plus efficace que la correction directe, qui peut majorer la mise en échec.


Des phrases de désamorçage qui protègent l’estime de soi

Dans les troubles de la mémoire, la manière de dire compte autant que ce que l’on dit. Des formulations simples peuvent éviter que la situation ne devienne un test et préserver la dignité.


Quand la personne bloque, proposer une pause ("On met de côté et on y revient"), offrir un indice gradué ("Je te donne un petit indice") ou avancer étape par étape aide à maintenir l’engagement sans imposer.

Quand l’agacement monte, nommer la surcharge ("C’est trop maintenant, on ralentit") et rappeler l’alliance ("Je suis avec toi") apaise immédiatement.

Et lorsque la personne se dévalorise, il est souvent très aidant de remettre le phénomène au bon endroit : ce n’est pas un manque d’intelligence, c’est un moment de surcharge, de fatigue ou de stress, qui brouille l’accès aux ressources.


Pourquoi ces repères sont au cœur des Carnets de Léon et Augustine ?

Ces principes — éviter la pression, soutenir l’attention, proposer des indices gradués, préserver l’estime de soi — ne sont pas seulement des conseils. Ce sont des points qui font une différence concrète dans l’adhésion et la régularité. Et c’est précisément l’esprit des Carnets de Léon et Augustine.


La rubrique Détente-Émotion a été pensée pour proposer des activités qui apaisent et redonnent de la sécurité intérieure, tout en sollicitant des fonctions cognitives essentielles (attention, langage, évocation, flexibilité). Elle permet de remettre du confort et du plaisir dans l’activité, ce qui est déterminant lorsqu’on veut maintenir une routine dans la durée.


Surtout, chaque exercice s’appuie sur deux éléments que les familles et les professionnels recherchent fortement : les Astuces d’Augustine et le Guide de l’aidant.


Les Astuces offrent une manière de faire en autonomie quand c’est possible, ou une stratégie simple pour "entrer" dans l’exercice sans se sentir évalué.

Le Guide de l’aidant, quant à lui, accompagne pas à pas : installation, consignes, rythme, relances douces, indices gradués, reformulations, valorisation. Il permet de transformer un moment potentiellement stressant en un moment soutenant — et donc de réduire très nettement la mise en échec.


Autrement dit, les Carnets ne proposent pas seulement des exercices. Ils proposent un cadre. Un cadre qui protège la relation, soutient la personne, et aide l’aidant à se sentir plus compétent et plus serein.


Soutenir la mémoire, c’est aussi soutenir la sécurité

Dans les troubles de la mémoire, la performance varie. Et cette variabilité est normale. Un jour avec, un jour sans, parfois à une heure près. Ce que l’on peut stabiliser, en revanche, c’est l’environnement émotionnel : le rythme, la manière de parler, la place laissée à la pause, le droit à l’erreur, la valorisation.


Si vous cherchez un outil concret, validé, simple à utiliser et réellement pensé pour éviter la mise en échec, les Carnets de Léon et Augustine ont été conçus pour cela : des exercices accessibles, une rubrique Détente-Émotion pour apaiser et remettre du plaisir, des Astuces d’Augustine pour guider sans infantiliser et un Guide de l’aidant pour accompagner avec méthode et douceur.



 
 
 

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