« Je l’ai sur le bout de la langue… » Quand les mots se font attendre
- Augustine

- 5 janv.
- 7 min de lecture
Il arrive à tout le monde d’oublier un mot. On le sent tout près, on voit l’objet, on connaît l’idée… mais le mot, lui, ne vient pas. Souvent, cela passe en quelques secondes et on n’y pense plus. Pourtant, pour certaines personnes, ces « trous » deviennent plus fréquents, plus fatigants, parfois plus décourageants. Le plus délicat, ce n’est pas seulement de chercher un mot : c’est la sensation de ne plus être aussi à l’aise pour raconter, expliquer, participer à une conversation comme avant.
Ne pas trouver un mot ne veut pas dire ne pas comprendre. Dans la grande majorité des situations, l’idée est bien présente. Ce qui se complique, c’est l’accès au mot au bon moment. Et c’est justement là qu’il existe de nombreuses pistes très concrètes pour aider, sans pression, tout en préservant la dignité et la confiance.
Perte du mot : de quoi parle-t-on exactement ?
La perte du mot, qu’on appelle aussi parfois « manque du mot », correspond à une difficulté à retrouver le mot précis au moment où l’on en a besoin. Cela peut se traduire par des pauses fréquentes dans le discours, l’emploi de mots passe-partout, des détours ou encore le remplacement d’un mot par un autre qui s’en approche. Ce n’est pas rare que la personne s’énerve contre elle-même, ou qu’elle préfère se taire pour éviter de se tromper. Et c’est souvent ce retrait, plus que le trouble lui-même, qui pèse sur la vie sociale et l’estime de soi.

Parfois, ces difficultés de langage s’inscrivent dans un trouble plus marqué qu’on appelle aphasie. L’aphasie est un trouble du langage d’origine neurologique : la personne sait ce qu’elle veut dire mais elle peut avoir du mal à trouver les mots, à construire ses phrases ou parfois à comprendre certains mots. Cela peut survenir après un accident vasculaire cérébral, un traumatisme crânien ou s’installer plus progressivement dans certaines maladies neurologiques.
Dans tous les cas, le plus important au quotidien reste le même : préserver la communication, soutenir l’expression et garder un dialogue vivant.
Pourquoi les mots se bloquent davantage dans certaines situations ?
La perte du mot n’est pas stable : elle varie selon les journées, le contexte et l’état de fatigue. Le stress est un facteur très puissant. Plus une personne se sent observée, pressée, ou attendue au tournant, plus le cerveau se crispe et moins le mot a de chances de sortir.
Un environnement bruyant joue aussi un rôle majeur : télévision allumée, conversations croisées, agitation, musique, allées et venues… Tout cela surcharge l’attention. Même pour quelqu’un qui n’a pas de difficulté particulière, chercher un mot dans le bruit demande un effort ; pour une personne qui lutte déjà avec l’évocation, cela devient vite épuisant.

Il y a aussi un facteur relationnel : quand on coupe la parole, quand on finit la phrase à la place de l’autre trop rapidement ou quand on corrige, même gentiment, la personne peut perdre l’élan et se sentir diminuée.
Enfin, la fatigue cognitive pèse beaucoup. En fin de journée, après plusieurs échanges, après une sortie, ou simplement après une journée émotionnellement chargée, la recherche des mots devient plus difficile. Ce n’est pas un manque de bonne volonté, c’est un signe que les ressources attentionnelles sont déjà bien sollicitées.
Ce que l’aidant peut apporter : du temps, de la sécurité, et une façon de parler qui valorise
Quand les mots manquent, l’aide la plus efficace commence souvent par quelque chose de très simple : ralentir, sécuriser et faire sentir à la personne qu’elle n’est pas évaluée. Un aidant peut, par exemple, choisir de se placer en face, de chercher le regard, de parler naturellement mais un peu plus lentement, et de laisser des silences sans les remplir trop vite.
Dans ces moments-là, quelques phrases peuvent vraiment changer l’ambiance. Vous pourriez dire : « On a le temps, je suis là. » Ou encore : « Je vois que tu as l’idée, on va la trouver ensemble. » Parfois, une simple validation détend immédiatement : « Ce n’est pas grave si le mot ne vient pas tout de suite. Je comprends ce que tu veux dire. » Ces formulations ne sont pas de “petits mots” : elles diminuent la pression, et donc facilitent l’accès au mot.
Il peut aussi être très aidant de nommer le blocage sans dramatiser. Par exemple : « Ça arrive à beaucoup de monde, surtout quand on est fatigué. » Ou : « Le mot est caché, mais l’idée est là, et c’est ça qui compte. » Ce type de phrase protège la confiance et évite le repli.
Aider à retrouver le mot… sans faire à la place
Quand la personne cherche un mot, l’objectif n’est pas de la mettre à l’épreuve mais de lui donner un tremplin. Souvent, la meilleure aide consiste à proposer un petit indice puis à laisser le temps : « Est-ce que tu peux me dire à quoi ça sert ? » « Tu me le décris et je vais comprendre. »
Dans certains cas, les questions fermées sont très efficaces parce qu’elles réduisent la charge mentale. Au lieu de demander « Qu’est-ce que tu veux ? », il peut être plus simple de proposer : « Tu préfères du pain ou du fromage ? » « Tu voulais aller au salon ou dans la cuisine ? »
Une autre aide douce consiste à reformuler ce que vous avez compris, sans imposer : « Si je comprends bien, tu voudrais qu’on sorte un peu ? » « Tu veux dire que ça t’inquiète, c’est ça ? » La personne peut alors confirmer ou ajuster, et l’échange continue, même si le mot exact n’est pas retrouvé.
Et puis il y a une règle d’or relationnelle : finir la phrase à la place de l’autre uniquement si la personne vous y invite clairement. Beaucoup de personnes apprécient qu’on les aide mais dans un cadre où elles restent actrices. Une phrase simple peut poser ce cadre : « Tu veux que je t’aide à trouver, ou tu préfères chercher encore un peu ? » Cela respecte l’autonomie tout en offrant du soutien.
Les supports visuels : une aide précieuse, simple et concrète
La communication ne passe pas uniquement par les mots. Les supports visuels peuvent être une ressource formidable, surtout quand l’évocation fatigue. Une photo, un objet, une image, un geste… tout cela peut réveiller l’accès au mot plus efficacement que de forcer mentalement.
Au quotidien, vous pourriez garder à portée de main un petit carnet avec des photos utiles (famille, lieux, activités, objets du quotidien) ou même une feuille simple avec quelques mots-clés. Lors d’un repas, si votre proche cherche le mot « pain », il peut être plus facile de montrer l’assiette, de pointer ou de demander : « Tu en veux encore ? » plutôt que de le faire chercher longtemps. Dans une discussion, montrer une photo peut relancer la narration : « Tu veux me raconter ce moment-là ? »
Quand le mot ne revient pas : garder la conversation vivante
Il arrive que le mot ne revienne pas. Et ce n’est pas un échec. Parfois, continuer la conversation sans s’accrocher au mot parfait protège beaucoup la confiance. Vous pourriez dire : « On peut le dire autrement, ce n’est pas grave. » « On continue, je préfère t’écouter plutôt que de rester bloqués sur un mot. »
Vous pouvez aussi proposer une solution légère : « On le note et on y reviendra plus tard, souvent il revient quand on ne le cherche plus. »
Ces phrases ont un effet profond : elles montrent que la personne reste un interlocuteur à part entière, et que l’échange compte davantage que la performance.
Le chant et les voies “détournées” qui redonnent de la fluidité
Dans certaines situations, le chant, les expressions toutes faites ou même l’humour peuvent aider. Chanter mobilise parfois des voies différentes de celles utilisées pour la parole spontanée, et certaines personnes retrouvent des mots plus facilement en fredonnant.
Au-delà de l’aspect technique, le chant a surtout une force relationnelle : il remet du plaisir, de l’émotion partagée et de la légèreté, là où la communication pouvait devenir tendue.

Les professionnels qui peuvent accompagner
Si la perte du mot devient très fréquente, si elle s’intensifie rapidement, si la compréhension semble aussi touchée, ou si la personne se met à éviter les conversations, il peut être utile d’en parler à un professionnel.
L’orthophoniste ou logopède est au cœur du travail de rééducation. Il propose des exercices personnalisés pour travailler la production de phrases, la compréhension, la lecture ou encore l’écriture, en fonction du profil de la personne.
L’ergothérapeute intervient pour adapter l’environnement et les activités de la vie quotidienne afin de maintenir l’autonomie. Il peut proposer des outils pour aider à la communication.
Renouer avec le dialogue, même quand les mots manquent
Même lorsque les mots se font plus hésitants, la communication peut rester riche et vivante… à condition d’avoir des appuis concrets. C’est précisément ce que proposent les Carnets de Léon et Augustine : des exercices de langage pensés comme des tremplins pour relancer l’évocation et retrouver le plaisir de s’exprimer, sans pression.

À travers des activités inspirées du quotidien (décrire un objet pour le faire deviner, retrouver un mot à partir d’indices, associer des idées, compléter une phrase, raconter un souvenir, choisir entre deux formulations possibles…), la personne entraîne des chemins d’accès aux mots mais surtout elle retrouve une expérience rassurante : celle d’être comprise, même si le mot exact n’arrive pas tout de suite. Les Carnets évitent l’effet interrogatoire : ils proposent un cadre doux, progressif et valorisant, où l’on peut chercher, reformuler, contourner, et réussir autrement.
Pour l’aidant, ces pages deviennent aussi un support de dialogue très concret. Le guide d’accompagnement aide à se placer dans la bonne posture, avec des formulations qui soutiennent la confiance et apaisent la recherche du mot : on ne corrige pas, on accompagne. Et c’est souvent là que la communication redevient plus fluide et plus sereine.
Cet effet ressort d’ailleurs dans la mesure d’impact réalisée entre février et mai 2025 : l’amélioration de la communication fait partie des bénéfices clairement identifiés par les aidants. Ainsi, les Carnets de Léon et Augustine ne stimulent pas seulement des compétences : ils soutiennent la relation et rendent les échanges plus accessibles au quotidien.




Très bel article plein d’astuces à avoir quand le malade a du mal à s’exprimer. Merci👍