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Nouvel appareil et troubles de la mémoire : comment faciliter l’apprentissage ?

3 sept.
8 min de lecture

Une cafetière tombe en panne. Il faut la remplacer. La nouvelle semble assez simple dans le magasin mais une fois installée à la maison... pas si simple en réalité...


Pour une personne présentant des troubles cognitifs légers, ce changement peut demander davantage d’efforts. Elle peut hésiter, oublier une étape ou craindre de faire une erreur. Et après quelques essais difficiles, elle peut vite se sentir décourager.


Pourtant, apprendre reste possible. Il peut simplement être nécessaire de choisir un appareil adapté, de prendre davantage de temps et de construire des repères qui correspondent à la manière de faire de la personne.


Vous êtes peut-être directement concerné par ces difficultés. Vous accompagnez peut-être un proche qui doit se familiariser avec cette fameuse cafetière. Dans les deux cas, l’objectif est le même : permettre à la personne qui utilisera la machine de participer aux décisions et de rester actrice de son apprentissage.

Quel plaisir de pouvoir offrir un café !
Quel plaisir de pouvoir offrir un café !

L’apprentissage commence au moment de l’achat

Lorsqu’un appareil doit être remplacé, l’entourage peut être tenté de choisir rapidement le modèle qui lui paraît le plus performant. Pourtant, la personne qui utilisera la cafetière chaque jour devrait pouvoir participer autant que possible à son achat.

Elle pourra ainsi exprimer ce qui lui convient :

  • le type de café qu’elle prépare habituellement ;

  • les gestes qu’elle connaît déjà ;

  • sa préférence pour des boutons mécaniques ou tactiles ;

  • les commandes qu’elle trouve faciles à voir ;

  • les fonctions dont elle a réellement besoin.


Dans le magasin, il peut être intéressant d'avoir du temps pour observer et manipuler les modèles présentés. Comment s’ouvrent-ils ? Le réservoir est-il facile à retirer ? Les boutons sont-ils compréhensibles ? La tasse se place-t-elle naturellement ?

Cette participation permet de se préparer au changement et favorise l'adhésion. Surtout, elle respecte le droit de choisir les objets qui feront partie du quotidien.


Choisir le modèle le plus proche de l’ancien

Le meilleur appareil n’est pas nécessairement celui qui possède le plus de programmes. Pour faciliter l’apprentissage, il peut être préférable de rechercher une cafetière aussi proche que possible de celle que la personne connaît déjà :

  • le même type de café, de filtre ou de capsule ;

  • un système d’ouverture similaire ;

  • peu de boutons ;

  • une commande principale facile à identifier ;

  • des symboles lisibles ;

  • un réservoir accessible ;

  • une taille compatible avec son emplacement habituel ;

  • un arrêt automatique pour renforcer la sécurité.


Passer d’une cafetière à filtre classique à un appareil connecté doté d’un écran et de nombreux réglages ajoute une complexité qui n’est pas toujours utile.

La bonne question pourrait être : quel est le modèle le plus simple qui permettra de préparer le café habituel, avec des gestes aussi familiers que possible ?

Conserver des ressemblances avec l’ancien appareil permet de s’appuyer sur des habitudes déjà installées. Tout n’est pas à réapprendre.


À la maison : un seul objectif pour commencer

Dans un premier temps, un seul objectif suffit : préparer son café habituel.

Les réglages de température, les boissons spéciales, la programmation ou l’entretien approfondi pourront être découverts plus tard, s’ils deviennent utiles. Simplifier les informations permet de concentrer l’attention sur ce qui compte vraiment pour la personne.

Un moment calme, sans bruit ni urgence, sera généralement plus favorable. Apprendre alors que plusieurs personnes attendent leur café risque d’ajouter une pression inutile.



Construire la procédure avec la personne

Une démonstration uniquement orale peut être comprise sur le moment puis rapidement oubliée. Il peut être plus aidant de construire les étapes avec la personne pendant qu’elle manipule la cafetière.

Selon le modèle, la procédure pourrait être :

  1. Je vérifie qu’il y a de l’eau.

  2. Je pose ma tasse.

  3. J’ouvre la cafetière et je mets le café.

  4. Je referme.

  5. J’appuie sur le bouton avec la petite tasse.

  6. J’attends que le café soit terminé.

Ces phrases ne sont qu’un exemple. Les mots devraient idéalement être ceux de la personne. Elle dira peut-être « je lève la poignée » plutôt que « j’ouvre le compartiment », ou « le petit bouton » plutôt que « la commande espresso ».

Ses propres formulations seront souvent plus faciles à reconnaître et à réutiliser que le vocabulaire du mode d’emploi.


Prendre soi-même des notes

Lorsque cela est possible et confortable, la personne peut écrire elle-même les différentes étapes au fur et à mesure de la découverte.

Cette participation l’amène à sélectionner l’information importante et à la reformuler. La fiche ne devient pas un document préparé pour elle mais son propre mode d’emploi, construit à partir de sa manière de comprendre et d’agir.

Après chaque geste, on peut lui proposer : « Comment aimeriez-vous noter cette étape pour la retrouver facilement demain ? »

Elle peut écrire une phrase, quelques mots ou seulement un verbe accompagné d’un numéro. Il n’existe pas une seule bonne manière de faire : l’essentiel est que la note lui parle.


Si écrire est fatigant ou difficile, la personne peut dicter ses phrases. L’accompagnant les inscrit alors aussi fidèlement que possible, sans les remplacer par des termes plus techniques.


Il est préférable de noter chaque étape juste après l’avoir réalisée. On évite ainsi de demander à la personne de se souvenir de toute la séquence à la fin.


Ajouter des photographies des étapes

Les notes peuvent être complétées par des photographies de la véritable cafetière, installée dans la cuisine de la personne. Ces images seront généralement plus faciles à reconnaître qu’une illustration générique issue d’une notice.

On peut photographier :

  • le niveau d’eau ;

  • la tasse placée au bon endroit ;

  • l’ouverture de la machine ;

  • la mise en place du café ;

  • le bouton réellement utilisé ;

  • le café terminé.

    Exemple de notice pour utilisation cafetière avec des troubles de la mémoire
    Exemple de notice pour utilisation cafetière

Là encore, la personne peut participer : « Que faut-il entourer ? », « Quels mots souhaitez-vous écrire dessous ? »


Pour que la fiche reste facile à consulter, il peut être utile de prévoir :

  • une photographie par étape ;

  • un ordre clairement numéroté ;

  • une phrase courte rédigée ou choisie par la personne ;

  • des caractères suffisamment grands et contrastés ;

  • une flèche ou un cercle autour du bouton utile (pour ma part, je suis une grande adepte des gomettes 😉 ) ;

  • aucune information qui ne sert pas à préparer le café habituel.


La fiche peut ensuite être placée juste à côté de la cafetière.


Avant de la finaliser, la personne peut l’essayer en situation réelle. Sait-elle où la regarder ? Reconnaît-elle les photographies ? Comprend-elle les phrases ? Si un élément prête à confusion, le support peut être corrigé avec elle.


Une fiche n’est pas une « tricherie »

Savoir où chercher une information constitue une stratégie à part entière.


La personne n’a pas nécessairement besoin de retenir toute la procédure pour rester autonome. Si elle prépare son café seule en consultant les photographies qu’elle a choisies et les phrases qu’elle a écrites, l’objectif est atteint.


Avec la répétition, certaines étapes deviendront plus familières et la fiche sera moins souvent consultée. Elle pourra aussi rester durablement près de la machine. Dans les deux cas, elle continue de jouer son rôle : faciliter l’action et préserver la confiance.


Montrer, faire ensemble puis laisser essayer

Une progression simple peut accompagner les premiers cafés :

  1. la préparation est réalisée lentement avec la personne ;

  2. elle effectue les gestes pendant que les étapes sont nommées ;

  3. elle recommence en s’appuyant sur sa fiche ;

  4. l’accompagnant reste disponible, mais lui laisse le temps de chercher ;

  5. l’aide diminue lorsque les gestes deviennent plus familiers.


Si plusieurs proches interviennent, ils peuvent tous s’appuyer sur la fiche créée avec la personne. Cela évite que chacun propose un ordre ou un vocabulaire différent.


La participation active reste essentielle. Regarder quelqu’un préparer plusieurs cafés

ne remplace pas le fait de prendre soi-même le café, d’ouvrir la machine et d’appuyer sur le bouton.


Aider sans transformer le café en évaluation

Lorsque la personne hésite, l’aide peut être proposée progressivement :

  1. laisser quelques secondes pour chercher ;

  2. attirer son attention vers sa fiche ;

  3. montrer la photographie de l’étape ;

  4. désigner le bouton utile ;

  5. refaire uniquement le geste qui pose difficulté.

Plutôt que de demander « Tu ne te souviens plus ? », il est possible de dire : « Nous pouvons regarder votre fiche. Quelle est la prochaine étape que vous aviez notée ? »

L’accompagnement soutient alors une stratégie choisie par la personne au lieu de tester sa mémoire.


L’objectif n’est pas non plus de lui imposer la méthode de l’aidant. Si elle trouve une autre manière de procéder, que celle-ci est efficace et sans danger, cette façon de faire peut être conservée.


Répéter sans épuiser

La préparation du café offre naturellement des occasions de répéter les gestes. Il n’est donc pas nécessaire d’enchaîner de nombreux essais.


Un café peut être préparé avec la fiche, puis un nouvel essai réalisé plus tard ou le lendemain. Les reprises courtes, avec le même matériel et dans le même environnement, aident la séquence à devenir progressivement plus familière.


Certains jours, la personne aura besoin de peu d’aide. À d’autres moments, la fatigue, une préoccupation ou une interruption pourront lui faire perdre le fil. La fiche restera disponible pour reprendre l’activité.


La réussite peut se manifester de différentes manières : commencer seule, penser à regarder la fiche, avoir besoin d’un indice moins précis, enchaîner davantage d’étapes ou simplement se sentir plus sereine devant la cafetière.



Ces progrès peuvent être reconnus sans transformer chaque utilisation en exercice ou en contrôle.


Une démarche valable pour tout nouvel équipement

Dans cet article, nous avons choisi l’exemple de la cafetière parce qu’il s’agit d’un objet familier, souvent utilisé chaque jour. Mais les mêmes repères peuvent accompagner l’apprentissage de nombreux autres équipements : un téléphone, une télécommande, un lave-linge, un micro-ondes, un interphone, un thermostat ou encore une nouvelle plaque de cuisson.


À chaque fois, la démarche reste semblable : associer la personne au choix du matériel, rechercher un modèle simple et proche de ce qu’elle connaît déjà, commencer par une seule fonction utile, décomposer les gestes, lui permettre de noter les étapes avec ses propres mots et créer, si besoin, une fiche illustrée avec des photographies de son appareil.


Lorsque l’équipement peut présenter un risque, comme une plaque électrique ou un four, la sécurité doit naturellement guider le choix et l’apprentissage. Il peut être intéressant de privilégier des commandes très lisibles, peu nombreuses et dotées de dispositifs de sécurité adaptés, puis de vérifier en situation réelle que leur utilisation reste suffisamment fiable. La cafetière n’est donc qu’un exemple. L’essentiel est de partir de l’objet, des habitudes et des capacités de la personne pour construire avec elle une manière d’apprendre qui lui ressemble.


En cas de risque de danger, d’erreurs répétées ou de difficultés qui touchent également d’autres activités, un ergothérapeute pourra observer la situation et proposer des solutions personnalisées.


Et dans les Carnets de Léon et Augustine ?

Chaque nouvelle activité des Carnets de Léon et Augustine invite à comprendre une consigne, observer une situation, organiser des informations ou rechercher une stratégie.


La personne peut prendre le temps de lire, reformuler avec ses propres mots, noter ce qui lui paraît important, revenir en arrière ou demander un indice. Les activités sollicitent notamment l’attention, la mémoire de travail, le langage, le raisonnement et les fonctions exécutives dans un cadre adulte et rassurant.


Les exercices proposés dans les Carnets offrent des occasions régulières de rester curieux, de mobiliser ses capacités et de conserver le plaisir de découvrir quelque chose de nouveau.



La Boîte à outils d’Augustine permet également à l’accompagnant d’ajuster son aide : reformuler, fractionner, donner un repère ou valoriser la démarche. Comme devant la cafetière, chacun peut ainsi avancer à son rythme, avec le soutien dont il a réellement besoin.


Continuer à apprendre, autrement

Faciliter l’utilisation d’une nouvelle cafetière commence bien avant le premier café : participer à l’achat, choisir un modèle familier, manipuler la machine, noter les étapes avec ses propres mots et sélectionner les photographies de sa fiche.


L’apprentissage demandera peut-être davantage de temps et le support restera peut-être nécessaire. Cela n’enlève rien à la réussite.


Préparer son café grâce à un outil que l’on a soi-même contribué à créer, c’est encore choisir, apprendre et préserver une part précieuse de son autonomie.



 
 
 

1 commentaire

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sashakamensep
il y a un jour

L'article présente le sujet de manière ordonnée et facile à comprendre. Le texte reste accessible à tous sans jamais perdre en précision ni en sérieux. J'ai ajouté cet article à ma liste de lectures à conserver. C'est un texte qui se distingue nettement de ce que l'on trouve habituellement.

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